Wednesday, March 7, 2012

Le jardin de pierre


Petra.
Du grec ancien, qui signifie pierre.
En langue sémite Raqmu, la bariolée.
Cette ville, fondée il y a 2800 ans, est logée dans une immense vallée qui agit comme une cuvette naturelle, permettant d’accumuler l’eau de pluie, essentielle dans cette région désertique. L’eau, source de la richesse de Petra, qui était située sur la route des caravanes où transitaient l’encens, les épices et les produits de luxe vers l’Égypte, la Syrie, la Méditérannée.
Petra la rose, avec ses palais grandioses taillés directement dans les parois de grès aux couleurs chaudes, a connu son apogée quelques siècles avant et après Jésus-Christ. La ville des Édomites, puis des Nabatéens, des peuples dont les noms résonnent encore dans l’Ancien Testament. Il est difficile de croire qu'à l'époque c'était une mégapole de 230 000 habitants, qui vivaient nichés dans la roc, ou dans des maisons de pierre dans la vallée, et les plus riches dans des palais. Le chatoiement des couleurs nous laisse pantois. Comme le décrit un poète anglais du 19e siècle, Petra, a rose-red city half as old as time. Petra maintenant morte, victime de plusieurs tremblements de terre et de la création de nouvelles routes commerciales. Mais du haut d’un temple dédié à une déesse maintenant oubliée, au coucher du soleil, quand la lumière chaude caresse la pierre ocre, on entend presque le brouhaha de la cité grouillante de vie, les cheptels de chameaux qu’on charge de marchandise pour de longs voyages, le ruissellement de l’eau qui coule dans les artères de la ville.

Premier contact avec Petra. Place commerciale, fin de journée.
le Siq, canyon d'entrée de la Petra,



Une maison typique, creusée dans une pierre aux couleurs psychédéliques.

Petra, ce sont aussi des milliers de marches pour atteindre des sommets de plusieurs centaines de mètres, entourant la vallée que nous gravissons, essoufflés mais émerveillés de découvrir dans les hauteurs des paysages d'un autre âge. On se fait des cuisses et des mollets. Florence, forte de sa compétition de 60 km de ski de fond, mène le bal. Elle a la patience de nous attendre lorsque nécessaire, s'amourachant, chemin faisant, de tous les minous qui peuplent les ruines.

Florence au sommet du Sacrifice (1100 marches...)

Les vrais maîtres de Petra,

Au début de l'ascension des 800 marches vers le monastère, Florence et Ève Marie captent une conversation entre 2 touristes français:

-- C'est parce que tu sais, dans l'ancien testament, Dieu il était pas cool...
-- Comment ça pas cool?
-- Ben il faisait des trucs pas cool comme à Babel quoi...
-- Ah c'est quoi Babel?
-- Ben c'était une tour que les hommes ont construit pour s'approcher de Dieu...
-- Ils ont construit une tour? C'est ce qu'on va voir maintenant?
-- Non non, parce que Dieu, il l'a défaite, la tour.
-- Ah bon, et pourquoi?
-- Parce que les hommes voulaient s'approcher de Dieu, et lui, il voulait pas.
-- Ben pourquoi il voulait pas?
-- Parce que s'ils s'approchaient de lui, ben du coup ils se prendraient pour Dieu.
-- Alors qu'est-ce qu'il a fait?
-- Ben c'est là qu'il a créé toutes les langues pour que les hommes se comprennent plus et puissent plus travailler ensemble.
-- Et la tour elle, on peut la voir, elle est ici?
-- Ben non, je te dis: Dieu l'a détruite.
-- Ah, bon et comment il a fait?
-- Ben du coup il l'a pétée.
-- Ah bon. Mais dis donc, Babel, c'est pas une des 7 merveilles du monde ça?

Notre ami Lippy, qui a entendu la conversation des touristes Français et qui n'en revient pas...

Nous croisons des "chauffeurs" de mules, de dromadaires, d'ânes et de chevaux sympathiques (les chauffeurs, comme les bêtes!). Ce qui nous brise le coeur par contre, ce sont les femmes et les enfants marchands de babioles, qui sont harcelants, trop insistants, ce que nous n'avions pas vu encore en Jordanie. On a vu une mère enseigner à son bambin ses premiers mots: "One JD" (one Jordan dollar, le prix courant pour tous les gugusses touristiques). Une fillette, particulièrement rusée, réussit à nous vendre des cartes postales en nous les glissant sous le bras, puis en s'éloignant, sachant très bien que nous n'aurions pas le coeur de les garder sans payer...

C'est le début de la journée de travail pour les employés du site.

Une vendeuse bédouine, qui chantait, dansait, nous offrait des bouts de roche pour quelques JDs.

Deux jours plus tard nous repartons, émus d'avoir foulé ce sol, d'avoir visité ces maisons, ces temples, ces places publiques, dont nous avons à plusieurs reprises sentie l'âme, plusieurs millénaires plus tard. Une population disparue, mais dont les ombres peuplent maintenant nos souvenirs.

Pièces communicantes d'un temple dans le roc.


Ève Marie devant le Monastère.



Instant de bonheur au soleil.
Autre moment de bonheur.


Les couleurs...

Maisons et commerces creusés dans la pierre

Travail de restoration des mosaïques de la chapelle byzantine de Petra.
Gardien de Petra en habit traditionnel. Il s'appelle...Mohammed.
La trésoreroie, le palais le plus connu de Petra.
Pierres et colonnes, seuls vestiges des maisons détruites en 363 ap. J.-C.
Moment d'éternité à Petra.


Tuesday, March 6, 2012

La Jordanie: Wadi Rum ou voyager à 3


La Jordanie: Wadi Rum ou voyager à 3

Lorsque Florence s'est jointe à nous, elle a définitivement changé notre dynamique de voyage,  de façon fort agréable. Après plusieurs semaines d'intimité, nous étions encore plus un "vieux couple" qu'avant, avec nos petites habitudes, nos rituels de voyage et de cohabitation exclusifs. On s'entend bien en couple et en voyage, mais on a quand même nos petites manies, nos façon de faire, nos sphères d'expertises qu'on respecte mutuellement. L'arrivée de Florence bouleverse tout ça, et pour le mieux.

Florence se joint à nous pour la portion jordanienne de l'aventure.
Par exemple, nous pensions que notre aventure dans le désert du Wadi Rum (la nuit sous la tente) serait comme celle du Sahara. On était un peu blasés, encore comblés par notre aventure saharienne, alors, un autre désert... Mais Florence voulait tellement vivre cette aventure, alors pourquoi pas. Leçon apprise: il ne faut jamais présumer de rien.

Pourtant, la journée commence mal. Lorsque vient le temps de prendre la voiture, crevaison. Extrêmement serviable - comme la plupart des Jordaniens - le personnel de l’hôtel change le pneu pour nous. Par contre, c'est la roue de secours et on ne peut pas partir dans le désert avant de faire réparer le pneu. Dilemme; on nous attend pour notre expédition à 10h. L'hôtel nous offre un transport aller-retour (pour un prix costaud) et nous permet de laisser notre voiture dans leur stationnement sécurisé jusqu'à notre retour le lendemain. Comme on doit laisser les bagages dans la voiture, l'option semble bonne. On embarque donc avec un chauffeur. Pour faire changement, il s'appelle...Mohammed.

C'est Jehad, jeune homme taciturne de 18 ans, qui nous accueille et qui sera notre guide pour la journée. Il nous amène d'abord faire des provisions pour notre pique-nique du midi, puis la tournée commence dans un vieux 4X4 déglingué. Nous voici parti dans le Wadi Rum, le désert de Lawrence d'Arabie.

Jehad, notre guide, 18 ans, fils de Mafleh.
 
La route (hmmm, plutôt une piste dans le sable) est cahotique et nous nous tenons bien, euphoriques de voir les paysages défiler autour de nous. Premier arrêt, la montagne d'où jaillit la source de Lawrence, où pousse un arbre. Elle est à flanc de montagne, à environ 200 mètres en hauteur. Jehad nous indique qu'il nous laisse grimper, escalader, explorer à notre guise. Car il faut le dire, l'exploration en nature ici n'est pas comme en Amérique, où tout est clairement indiqué et maniaquement supervisé. Ici, on nous indique une montagne, un point d'intérêt à atteindre, un sommet à grimper... C’est à notre guise. "You climb" est la phrase du jour.

La pente est abrupte, rocailleuse et non balisée. On se regarde un bref moment, incertains, puis on se décide: c'est l'ascension.

Un paysage magnifique nous frappe chaque fois qu’on s’arrête pour regarder derrière : lunaire, s'il n'était si chaud; éclats de couleurs et de lumière, ocre, rouge, or et blond des blés de l'Alberta. Et le silence encore, le silence toujours, celui du désert, profond, celui qui entre dans le coeur comme un appel. Les filles trippent ensemble; François fait de la photo.

Vue sur la base du Lawrence's Well.

Vue de l'arbre qui pousse au puit de Lawrence.

 Bientôt, des aboiements de chiens nous ramènent à la réalité du moment: il faut redescendre pour poursuivre l'excursion. Mais pas sans avoir pris le thé (délicieux, aromatisé de plusieurs épices exotiques) dont nous achetons plusieurs sachets. 

Tente de bédouin.

On visite d’abord le canyon Ali, une gorge profonde, une fissure dans un monolithe de pierre au milieu du désert. La légende veut qu’autrefois un certain Ali, pourchassé par des ennemis, grimpa au sommet de la montagne, ses poursuivants sur les talons. S’apercevant qu’il n’y avait pas d’issue, il sauta dans le vide. Sa grande tunique se gonfla pour faire office de parachute, amortit la descente et lui permit de survivre la chute. Estomaqués par l’événement, ses ennemis lui laissèrent la vie sauve, considérant que si Allah avait cru bon le sauver, ils seraient bien avisés de faire de même.

Ève Marie admire la lumière qui inonde la Canyon d'Ali.

Entrée du Canyon.

 Jehad nous amène ensuite à un imposant "pont" de pierres, où Florence et François font de l’escalade alors qu’Ève Marie, à son tour, fait de la photo. 

Ça ne parait pas, mais l'ascension est d'une cinquantaine de mètres, sur une roche poreuse, puis une autre dizaine de mètres pour aller sur le pont de pierre.

Après un lunch improvisé sur un rocher, dans le bruissement du vent, on visite la maison de Lawrence d'Arabie. Un seul mur reste debout, mais il est possible de grimper sur le rocher au pied duquel la maison s’était appuyée. La vue est à couper le souffle. On domine l’horizon, et on peut apercevoir les ennemis potentiels des heures avant qu’ils ne puissent atteindre la maison. 

Ève Marie sur la pierre-toit de la maison de Lawrence.

L’après-midi est avancé quand on s’arrête au pied d’une dune géante, orange, que Florence et Ève Marie gravissent. Si on était plus athlétiques et connaissants - on aurait pu y faire du surf de sable; Jehad a des planches à l’arrière de son camion. 

La dune, dernier endroit visité avant l'arrivée au camp.

C’est ensuite l’arrivée au campement, à temps pour le thé et le coucher de soleil aux invraisemblables couleurs. 

Le soleil se couche sur le Wadi Rum.

Florence baigne dans les derniers rayons.

La lumière du lendemain matin, les rides du sable rouge.

Puis, d’un coup, la nuit tombe. Une nuit où nous dormirons seuls, sans supervision, sauf celle des chiens de garde de Mafleh, le père de Jehad. Mafleh qui nous a offert le souper, qui nous a gardé au chaud avec un bon feu et divertit de ses histoires et blagues... parfois salées! Mafleh qui a même organisé, à distance, avec son cellulaire - qui se doublait d`une lampe de poche pour les toilettes (à l'eau courante, merci) - la réparation de notre pneu pour nous éviter un voyage chez le garagiste. Mafleh qui nous a apporté le petit déjeuner le lendemain, nous a ramené au village, a organisé une randonnée à dos de dromadaire pour les filles et a accueilli François chez lui pour le thé. Un gars magnifique, lumineux, qui voyage dans le monde grâce à ses clients. Mafleh qui peut chanter des chansons dans toutes les langues (il chantait du Zachary Richard!!!) qui se fait un bonheur évident de discuter (de tout), échanger, créer des liens. Un bédouin cosmopolite, quoi. Mais aussi, il faut le dire, un homme aux valeurs extrêmement traditionnelles en ce qui concerne sa famille, sa femme...  

Mafleh, Sami et le petit dernier.

Mafleh, notre hôte, dans la tente après le souper.

 Il est à l'image de la Jordanie: un pays qui se veut accueillant et ouvert sur le monde, un genre de Suisse du monde arabe, mais conforme à des valeurs islamiques traditionnelles. On ne voit pas les femmes, ou si peu; elles ne travaillent pratiquement pas et c'est à l'homme de notre groupe que tout le monde s'adresse. Florence et Ève Marie n'existent pratiquement pas, sauf lorsque vient le temps de taquiner François sur "ses 2 femmes" - ce qui suscite de petits rires jaunes de notre part. En Jordanie, les hommes ont le droit d'en avoir jusqu'à quatre.

Nous sortons de la tente à plusieurs reprises dans la nuit pour se perdre dans une orgie d’étoiles, heureuses de redoubler d’éclat en l’absence d’une lune à la lumière souvent trop envahissante.

De retour à l'hôtel, le pneu est réparé, on part pour Petra.

Un p'tit tour de dromadaire avant le départ.

Dans l'arrière de la jeep de Mafleh, le matin, François est maintenant très à l'aise à porter le Mandil.

Ève Marie, pupille de mes yeux, médite dans le trou de la paroi où se trouvent des pétroglyphes vieux de milliers d'années.

Au diable la méditation, Florence préfère la sieste.

Pétroglyphes, désert du Wadi Rum.

Eh non, elle n'a pas sauté. C'est pas tout le monde qui peut faire comme Ali (elle n'a pas la robe qui faut).

Wednesday, February 29, 2012

La Jordanie, chapitre 1




Au lendemain de notre aventure kafkaesque à Amman, après avoir récupéré, s'être réchauffés, avoir profité de la piscine (les saunas, bains de vapeur et jacuzzi sont séparés pour les hommes et les femmes, seule la grande piscine est commune) nous allons chercher notre amie Florence à l'aéroport. Plus compliqué qu'il ne le paraît; il faut ABSOLUMENT avoir des directives claires, préférablement carte à l'appui, pour se retrouver dans cette ville de cauchemar routier pour tout automobiliste néophyte du Moyen-Orient. Les rues, toutes en courbes, ont des noms très longs, mal indiqués, et qui changent d'une carte à l'autre; les artères principales sont interrompues par des tunnels avec des rond-points par-dessus, et parfois le tunnel bifurque pour nous désorienter complètement lorsqu'on en émerge. Les automobilistes conduisent de façon désordonnée, et les cartes sont approximatives. Bref, même sur les chemins que nous sommes venus à connaître (vers l'aéroport, par exemple) notre exclamation la plus fréquente - sur fond d'angoisse - a été: "Hé! On n'est jamais passés par ici; c'est pas le bon chemin!" Et si vous vous trompez, difficile de tourner à gauche avec les terre-plein; les Jordaniens ont instauré un système de voies de "U-turn" pour revenir sur ses pas. Dernier détail: lorsque sur une autoroute on voit une sortie annoncée dans une direction, si on revient sur ses pas, elle n'est pas annoncée dans l'autre direction. Nous sommes vite devenus des experts en virages en U.

Cela dit, on réussit tant bien que mal à aller chercher Florence, notre amie d'Ottawa qui vient nous rejoindre après avoir participé à une compétition de ski de fond en France, dans les conditions sibérienne qui se sont abattues sur l'Europe mi-février, et nous rentrons à l'hôtel.

Réunion des copines.

Conciliabule de groupe: on devait passer quelques jours à Amman, mais la météo demeure misérable partout dans les environs où nous voulons aller. Mais dans le sud, à Aqaba, c'est le beau fixe dans cette ville balnéaire sur le bord de la mer Rouge. Qu'à cela ne tienne, on se refait un itinéraire et, le lendemain, on prend l'autoroute du Désert pour parcourir les 320 km qui nous séparent d'Aquaba.

Au début, le paysage est désertique (d'où le nom); plaines de rocailles et de pierres blondes, avec quelques nuages de sable qui s'élèvent à l'horizon. C'est parfait: l'occasion de se rattraper avec Florence, se raconter nos aventures respectives. Puis le paysage change, des montagnes se dressent et la route commence à grimper. Au point le plus haut, il y a de la neige au sol. On apprendra plus tard que là où nous passons, la route avait été fermée tout l'avant-midi en raison d'une tempête et qu'elle venait d'être rouverte. Si la route vers Aqaba descend, le mercure, lui, monte.

Il a neigé sur la route vers Aqaba.

Aqaba, première ville prise par Lawrence d'Arabie avec sa troupe de bédouins en 1917, est une jolie petite station balnéaire. Notre hôtel donne sur la plage de la mer Rouge, où on se dépêche d'aller se tremper les orteils. Il fait chaud, il fait soleil, on respire. De là, on voit clairement la ville d'Eilat en Israël et, juste à côté la rive égyptienne. Nous sommes également à 17 km de l'Arabie Saoudite; un véritable carrefour.

Aqaba, ville balnéaire sur la Mer Rouge.


La ville d'Eilat, en Israël, quelques kilomètres mais des années-lumières de distance.
Le gérant de l'hôtel organise 2 fois par mois des cocktails pour les invités de l'hôtel et il y en a un ce soir-là auquel nous sommes invités. C'est l'occasion de rencontrer des gens et d'en apprendre plus sur la vie en Jordanie.  Suha, une jeune femme chrétienne native de Bethléem, qui a fréquenté l'école privée à Aqaba, a eu l'occasion de voyager et nous avoue qu'elle rêve de travailler dans d'autres hôtels de la chaîne Intercontinental ailleurs dans le monde. Elle nous dit combien, dans son domaine des services hôteliers, les femmes sont plus compétitives - de façon plus appliquée et sérieuse que les hommes - et que finalement, parce qu'elles sont moins nombreuses sur le marché du travail, elles ont de meilleures chances d'avancement. Elle a les yeux brillants, elle est jolie, elle a la vie devant elle. Comme beaucoup de gens que nous rencontreront, elle n'aime pas Amman. La capitale de la Jordanie est la mal-aimée des gens qui n'y habitent pas.

Les pieds dans l'eau de la Mer Rouge.

On se couche tôt pour entamer le lendemain une expédition dans le désert du Wadi Rum. On a échappé au temps maussade avec succès, on a survécu au réseau routier, on a un nouvel itinéraire; tous les ingrédients sont réunis pour une nouvelle aventure.

Le soleil se lève sur la Mer Rouge.
 Prochain épisode: sur la piste de Lawrence d'Arabie dans le désert du Wadi Rum.




Monday, February 27, 2012

L’hôtel qui n’existait pas. (sans photo)



Welcome to Jordan!

Une phrase qui reviendra comme un leitmotiv tout au long de notre bref séjour dans le Ashemite Kingdom of Jordan. Bien préparés, nous avons déjà des devises (le dollar jordanien, que la plupart des gens nomment familièrement Jay-Dee) pour payer nos visas d’entrée, deux fois vingt JD.
Après avoir ramassé nos deux grosses valises trop lourdes, on se dirige vers le comptoir Thrifty où une voiture nous attend. Après avoir réglé les détails - on loue un GPS, qui finalement ne fonctionnera jamais – on part à la découverte du système routier jordanien en faisant les 35 kilomètres qui nous séparent de la capitale. 

Un paysage plutôt plat, qui se transforme en collines aux abords de la ville. Le petit crachin de l’aéroport se transforme bientôt en déluge. Le soir tombe rapidement, et à travers les essuie-glace, les courbes, les nids-de-poules, les collines sinueuses et les rares panneaux bilingues arabe-anglais, on essaie sans succès de comprendre la minuscule carte d’Amman incluse notre guide touristique. On découvre trop tard que le GPS nous parle arabe, et on perd une demi-heure à essayer des menus incompréhensibles pour l’amener à nous parler une langue qu’on comprend (à la fin, on se serait contentés de n’importe quelle langue en alphabet latin). Impossible de trouver le centre-ville. Amman, c’est 20 collines tortueuses, des ronds-points, l’impossibilité de tourner à gauche à cause des terre-plein et des voitures qui s’inventent cinq voies quand il n’y en a que deux. On s’arrête souvent : pharmacie, cafés, dépanneurs, pour demander des indications. Les gens sont très, très gentils, et serviables. Presque tout le monde connait un peu d’anglais, mais pas assez pour nous expliquer simplement un itinéraire trop compliqué. Finalement, un sympathique pharmacien nous fait un dessin. Et ça marche! On arrive dans le cœur du vieux Amman, où se trouve l’amphithéâtre romain. 

Il fait noir, il fait froid, il pleut des cordes, on est épuisés. On trouve un stationnement entre les ruines et la mosquée et on s’arrête. Bref conciliabule. On laisse les bagages dans l’auto, on prend nos sacs à dos et on s’en va dans la direction générale de notre petit hôtel, le Riviera. Dans le guide, sur notre réservation, sur expedia.ca et partout ailleurs, seul le nom de l’hôtel et l’adresse : Riviera Hotel, King Hussein Street, Amman. On marche, on cherche, on est trempés. On pensait arriver au Moyen-Orient, on se croirait en Irlande sous la pluie glaciale. On a beau marcher de haut en bas, de gauche à droite, s’arrêter fréquemment pour demander des indications, rien n’y fait : personne ne connaît l’hôtel Riviera. Ni les chauffeurs de taxi, ni les commerçants, ni même ceux qui habitent sur la rue King Hussein! Nous sommes prisonniers d’un genre de huis clos où nous tournons en rond, dans l’incompréhension totale. Mais où donc se trouve l’hôtel Riviera? En temps normal, ça aurait été la crise, mais comme nous sommes trop fatigués, ce sont des éclats d’hilarité qui nous sauvent.

Malgré tout, désemparés, glacés, on se réfugie dans un coffee-house pour faire le point. Pour s’y rendre, on doit traverser des rues dont la moitié est inondée de près de 5 pouces d’eau qui déferle en cascades (les rues sont en pente). L’eau jaillit aussi des caniveaux comme des fontaines. Nos chaussures de marche sont à l’épreuve des déserts et des rues, mais pas de l’eau. Ça fait squish-squish à chacun de nos pas. Arrivés dans le coffee-house, les natifs nous regardent avec étonnement; nous sommes si trempés, pour des touristes…

Jamais thé et café n’ont été autant appréciés, et la bouffe aussi. On quitte l’endroit à regret pour une dernière tentative. 
Sans succès. 
Angoissés, mouillés jusqu’aux os, dans l’eau qui ne cesse de s’accumuler et même de refouler dans ces dédales en pente, on retourne à l’auto pour se réchauffer. Dans le guide, on trouve une façon assez simple de se rendre dans une zone de la ville ou les hôtels connus sont nombreux. Sur papier, en tout cas…

On est plutôt étonnés d’y arriver sans trop de difficultés. On s’arrête au premier hôtel qui nous semble facile d’accès. C’est le Grand Hyatt Amman. Le prix est relativement abordable (on était prêts à payer plus, étant donné notre état) et, après de surprenantes mesures de sécurité, semblables à celles des aéroports (bagages passés dans les détecteurs, fouille, etc..), on arrive à la réception, puis après à la chambre. Le luxe de longues, très longues douches chaudes et d’un lit confortable nous évitent d’attraper la pneumonie. Nous envoyons un courriel à l’hôtel Riviera, pour leur indiquer que puisqu’ils n’existent pas, nous n’iront probablement pas séjourner chez eux.

Ce n’est que plus tard, au hasard de notre lecture du guide touristique d’Amman, qu’on apprend qu’il y a eu une série d’attentats-suicides dans 3 hôtels d’Amman en décembre 2005, faisant 60 victimes : au Radisson, au Days Inn et au… Grand Hyatt.

Si vous connaissez l’hôtel Riviera de Amman et pouvez nous confirmer qu’il existe, faites-nous signe.

Entre le purgatoire et l'enfer


Nous avons réussi à quitter le Maroc sans nous abimer dans l'indignation, mais tout juste. Nous avons attendu les 7 heures dans le purgatoire des mal-aimés du transport aérien; nous des bons, des blancs des occidentaux de bonne famille, mais bon. Nous avons ravalé, accepté, fait notre croix dessus comme on dit puis pris l'avion de la compagnie Etihad que notre copain Junaid nous avait fortement recommandée.

Puis nous sommes embarqués dans ce vol qui menait- départ 20h et arrivée 7h30, heures locales - à Abu Dhabi: 6h30 de vol, 4 heures de décalage horaire + délai de décollage.

Puis là, c'est le bonheur. Configuration de cabine comme les L-1011 de l'époque, deux sièges à nous et un service impeccable. Comme durant les belles années d'Air Canada il y a 30 ans. Petit kit avec des bouchons pour les oreilles, des chaussettes, un machin pour les yeux pour bloquer la lumière et une brosse à dent. De grands écrans pour regarder des films, un MENU pour choisir ses plats, avec vin (ou autre) gratuit, de l'espace, un oreiller, une belle couverture...

Tout le confort d'une première classe en classe économique.
Ça sent le neuf!


Etihad est une nouvelle ligne aérienne stylée et confortable, lancée en 2003 et basée a Abu Dhabi. Depuis 3 ans la compagnie décroche la palme d'or des "olympiques" du transport aérien. Parce qu'il faut le dire, Abu Dhabi (aux Émirats Arabes Unis) est une ville riche; en fait, selon les revues Forbes et Fortune, c'est la ville la plus riche au monde. Et ça paraît.

Pas seulement pendant ce vol luxueux - qui nous rappelait et même surpassait certaines classes affaires que nous avons pu voir ailleurs - mais aussi, et surtout, à l'arrivée à l'aéroport.

L'aéroport d'Abu Dhabi est comme une grande plaza opulente, où tout le monde circule sur un nuage de luxe. Tout est propre, propre, propre. Il nous semblait qu'il y avait plus de monde en train de faire le ménage, constamment, cycliquement, que de voyageurs. La salle de bain était équipée d'une salle des prières, d'une zone pour enfant, d'une salle pour bébé, de toilettes (avec chaque cubicule muni de l'équivalent d'un bidet "à main", c'est à dire un genre de boyau d'arrosage avec pommeau de douche pour une hygiène personnelle intime nec plus ultra, et très répandue dans le monde arabe comme nous avons pu le constater par la suite) et en train d'être nettoyée en permanence par de jeunes asiatiques...


L'aéroport d'Abu Dahbi, comme dirait Beaudelaire: Calme, Luxe et Volupté.


D'ailleurs, c'est là une des particularités d'Abu Dhabi, mise en évidence par le profil des travailleurs de l'aéroport: c'est une ville - capitale d'un des 7 émirats (le plus gros) - où la population locale ne travaille pas. Pourquoi? Parce qu'elle est riche. Toute la main-d'oeuvre (à 99% -  oui, oui, c'est un chiffre réel, pas une exagération) du pays est étrangère. Les "locaux" ne travaillent pas. Ils sont issus des tribus du pays qui contrôlent la richesse et le gouvernement. La totalité des services à la population est assurée par des étrangers.

Et ils n'auront jamais droit à la citoyenneté.

Monde à l'envers.

Et très à l'envers, car ce qu'on constate aussi, c'est l'allure des femmes. Ces femmes voilées (comme le chantait quelqu'une) sont riches et ont l'arrogance des riches. Elles ont le regard hautain (ce qu'on en voit) le pas assuré, les amples robes noires de tissus fins et soyeux, les sacs d'achats nombreux aux bras dont les mains sont élégamment bijoutées. Mais par dessus tout, c'est cette assurance qui est déconcertante. Pas la petite mine de femme soumise à laquelle on s'attend - en bons occidentaux - pas de regard furtif ou d'yeux baissés. Non. Ces femmes-là sont sûres d'elles-mêmes et possèdent leur monde. Et cela se voit; malgré le fait qu'on voit si peu de leur physionomie, ça se sent. Comme quoi il y a des choses universelles en ce qui concerne le pouvoir de l'argent. On peut se demander: sont-elles en fait libres ou prisonnières? La question se pose, et le fait même qu'elle se pose nous désarçonne.

Dans cet aéroport 5 étoiles, on se repose en toute sécurité au creux de chaises longues aménagées pour le sommeil des voyageurs en transit, comme nous, sous le regard bienveillant des philippino-aisiatiquo-africano-indiens qui font sans relâche le ménage pour nous.

Boutiques chic au sous-sol.
C'est François, à gauche, qui roupille.

Après un roupillon réparateur on embarque dans le dernier avion de notre transit vers Amman, en Jordanie. Nous sommes calmes, réconciliés avec bien des choses, inconscients encore du fait que la journée qui s'était amorcée à 5h du matin la veille se terminera tard dans la nuit de ce qu'on pourrait appeler l'épisode infernal de notre voyage jusqu'ici.

Saturday, February 25, 2012

Prisonniers de la section Transit



L’aube teinte à peine le ciel du côté des montagnes quand nous partons en taxi de Taghazout. Pas un chat – ou une chèvre – sur la route à cette heure. Le chauffeur, pensant nous plaire, a syntonisé une station française de dance-music. I’ve gotta feeling that tonight’s gonna be a good night… Les Blackeyed Peas sont de drôles de compagnons de départ.

À l’aéroport d’Agadir, la préposé nous donne notre première carte d’embarquement, jusqu’à Casablanca. Elle nous informe qu’on devra se présenter au comptoir d’Etihad pour nos autres cartes, Casablanca-Abu Dhabi et Abu Dahbi-Amman. À l’immigration, on nous dit qu’avec 12 heures d’escales, on voudra quitter l’aéroport, donc on nous propose de retourner au comptoir de Royal Air Maroc, de retirer nos bagages, etc… un peu découragés de devoir trainer nos deux grosses valises alors qu’elles sont déjà étiquetés all-the-way-to-Amman, on décide que rester dans l’aéroport, écrire et faire le point serait une bonne idée plutôt que de sauter dans un taxi, faire les 35 km jusqu’en ville, courir pendant 5 heures, etc.. Les douaniers nous donnent un drôle de regard mais nous étampent quand même le tampon de sortie du pays dans nos passeports. 
Mauvaise idée.

À Casablanca, à 10h, on nous signale que puisque nous n’avons pas de cartes d’embarquement pour nos deux prochains vols, on ne peut pas entrer dans l’aéroport – il faut attendre l’arrivée du personnel d’Etihad dans cette section transit, purgatoire entre le tarmac et l’immigration. Quand arrivent-ils? 16 heures. Six heures à passer dans un couloir avec quelques chaises. Pas d’eau. Pas de nourriture. On s’insurge, on passe d’agent en commissaire de la douane : rien à faire, ce n’est pas leur problème. C’est celui d’Etihad. On nous refoule dans le couloir. 
L'entre-deux-mondes: salle de transit, aéroport de Casblanca.

Un copain d’infortune, Junaid, est arrivé à 8h de Guinée-Bissau. Indien dans la jeune trentaine, originaire de la région de Bombay (ou Mumbaï, si vous préférez) il possède sa compagnie de fabrication de cuves géantes pour fondre le métal ‘scrap’, basée à Dubaï. Le recyclage des déchets de plomb de l’Occident se fait beaucoup dans les pays africains pauvres et sans règlementation environnementale. Junaid vient de passer 2 mois et demi à installer de l’équipement en Guinée. Quand il est parti de chez lui, son fils avait 15 jours. Il s’ennuie, n’a pas dormi depuis 24 heures, veut revoir sa famille, veut surtout dormir. Trois autres hommes, des Guinéens, composent le reste de notre petite troupe d’irréguliers. Ils sont partis de Lyon pour retourner en Guinée. Ils ont des problèmes de visa. Sans argent, sans visas, ils sont à la dérive dans l’entre-deux monde du Transit. Ils ne savent pas s’ils partiront demain, ou après-demain, ou plus tard encore. Heureusement, une dame de l’aéroport leur apporte des sandwiches et des sodas. Ils ne mourront pas de faim aujourd’hui. On entr’aperçoit les problèmes que des milliers d’immigrants vivent quand ils ne connaissent pas les systèmes avec lesquels ils ont à composer. 
Comme on dit chez nous, quand on se compare, on se console.

Junaid, prisonnier lui aussi du transit. Au moment de la photo, il y avait 30 heures qu'il n'avait pas dormi.

C’est finalement à 17h45 qu’arrive LA représentante d’Etihad. Après 20 minutes de paperasse administrative hallucinante (elle a besoin de notre numéro de billet d’avion Amman-Istanbul, un vol qu’on ne prendra pas avant 10 jours!!!) elle nous imprime finalement nos cartes d’embarquement. L’avion décollera à 20 heures. On a le temps de manger un morceau. 

On vient de vivre notre première chicane d’amoureux avec le Maroc, au moment du départ, sans savoir si la vie nous donnera un jour l’occasion de se revoir. 

Wednesday, February 15, 2012

Adieu à Taghazout


C'est la St-Valentin, c'est donc une histoire d'amour, mais pas entre un homme et une femme (quoi qu'il y a de ça aussi) mais plutôt d'un couple pour leur studio à Taghazout. Dans 2 jours, nous quitterons à regret le studio qui a été notre pied-à-terre depuis un mois. À très grand regret.


 

Il y a de ces endroits qui viennent nous chercher, comme par magie, qui nous marquent et qu'on sait qu'on n'oubliera jamais; qui nous habiteront mieux encore qu'on ne les a habités et qu'on sait déjà que l'on voudra un jour retrouver. Notre studio à Taghazout, une vingtaine de km au nord d’Agadir, est un de ces endroits, pour une variété de raisons, la première étant évidemment la beauté du paysage qui s'offre à nos yeux par les grandes fenêtres.

Le studio est construit tout d'une pièce; c'est-à-dire que les comptoirs. les étagères, les bases du fauteuil et du lit, les partitions entre les pièces sont toutes d'une venue en plâtre. À part 2 tabourets, une petite commode et une table basse de bois, rien ne bouge. Et rien, je soupçonne, ne se rénove. Et à part le fait qu'il y a peu de rangement, c'est très bien comme ça. Les couleurs sont pastels et le divan qui fait le coin est très, très long, à la marocaine, sans dossier mais avec une multitude de coussins. La cuisine comprend une plaque chauffante avec 2 ronds, un frigo et un évier. La salle de bain: une toilette, un évier et une grande douche. C'est juste parfait.

Nous sommes au 4ième étage, le dernier pour les studios. 45 marches. Il n'y a que la terrasse commune sur le toit au-dessus de nous. Les fenêtres donnent sur la plage. Oh, oui, il y a bien quelques maisons entre nous et l'eau, mais ce qu'on voit surtout c'est la plage où les mouettes se prélassent, les dromadaires se promènent en quête de touristes à porter et les pêcheurs qui enlignent leur chaloupes bleu ciel, bleu mer. Ah oui, il y a aussi les garçons et les jeunes hommes qui se dessinent des terrain de foot dans le sable et y jouent tous les jours, jusqu'à ce que la mer vienne effacer leurs hors jeu. Il y a aussi quelques touristes, surtout avec des enfants, mais pas beaucoup car la grande plage publique n'est pas loin et c'est là où se retrouvent surfers et touristes. Celle-ci, la nôtre, c'est celle du village où les pêcheurs ont le comptoir de poisson qu'on achète dès qu'il quitte le bateau et qui le préparent selon le besoin.

De nos grandes fenêtre on voit la plage, la mer, et la côte au loin vers le nord. Nous faisons face à l'ouest et le soleil nous donne le spectacle chaque jour renouvelé de se coucher dans la mer, parfois dans de légers bancs de nuages, toujours en éclairant l'horizon d'une lumière orangée qui me hantera longtemps. 18h15, fidèle, jour après jour. 




Mais c'est le son surtout qui meuble notre studio, nos lectures, nos repas, nos rêves, notre vie qui nous manquera. En fait, une multiplicité de sons: les vagues, fortes, insistantes, qui nous offrent leur symphonie de crescendos fracassants, avec des mouvements plus doux et berçants. Les vagues qui nous offrent même des grandes finales où on se surprend à pense: "Ah? c'est fini" puis, après une pause dramatique, reprennent de plus belle.

Et en contraste absolu au bruit des vagues, il y a le son des moteurs des chaloupes que les pêcheurs font cracher à fond pour les tester avant de prendre le large. Ces moteurs qu'on a surnommés nos tondeuses de mer, et qui s'activent juste avant l'aube; oui, même elles me manqueront.



Et la petite fille qui habite dans la ruelle en bas de chez nous qui a une si belle voix, forte, impétueuse, qui crie à tue-tête sa joie et sa contrariété, qui lance des "falla!" mille fois répétés (aucune idée de ce que ça veut dire). Elle aussi me manquera.

Et les cris des mouettes, les appels à la prière, le sermon du vendredi qui nous permet de garder le fil des jours. Sans oublier le petit chien gueulard ou, aujourd’hui, la petite chèvre qui bêle dans la ruelle.

Oui, du fond de mon grand lit confortable d'où je peux voir la mer, ou encore dans la cuisine, en train de couper des légumes pour le souper, aveuglée par le soleil,  mon coeur se pince à l'idée de partir. Mais nous pouvons dire "mission accomplie"; on voulait décrocher, on l'a fait.
Merci Taghazout.