Friday, May 4, 2012

Izmir (Smyrna), Turquie


IZMIR

Les hôtesses de Pegasus sont gentilles, même si leur anglais est approximatif. Par le hublot, les trouées de nuages nous permettent de voir la mer de Marmara, sombre, avec des paillettes d’argent quand le soleil s’accroche dans ses vagues mouvantes.

La journée a commencée tôt; On a laissé nos bagages à l’Hotellino, notre douillet refuge au cœur d’Istanbul, où nous reviendrons après cette excursion de quelques jours à Izmir. Chacun son sac sur le dos, on prend le métro jusqu'à l'aéroport, et on s’envole sur les ailes d’Air Pegasus, compagnie de vols à rabais. À l’aéroport d’Izmir, on prend le bus pour le centre ville, qui nous laisse à quelques rues de notre hôtel.

ÉCHANGE DANS LE BUS

-Coudon, Izmir c'est quoi la population?

-Euh, j'sais pas... je crois que c'est à peu près comme Red Deer?

-Ah, ok.

Au détour de quelques petites montagnes, on aperçoit la mer. Izmir, l’ancienne Smyrna, enlace les contours d’un bras de la mer Égée. En s’approchant, on voit au loin une série de tours d'appartements de l'autre côté du bras de mer.

-Euh, j'pense que c'est plus gros que Red Deer... Il n'y a pas des tours comme ça à Red Deer.

-Euh.., j'pense que oui, c'est un peu plus gros.

On aperçoit peu à peu l’étendue surprenante de la ville, des tours d’habitation à perte de vue. Izmir c'est balnéaire, c'est pittoresque et... c'est gros. On consulte l’oracle Google.

-Ok, j'ai trouvé: devine c'est quoi la population d'Izmir?

-Euh... 700 000?

- …

-Plus?... Un million?

-         

-... 2 millions?

- …

-Euh… 5 millions???

-Ok. 4 millions. C'est vraiment pas Red Deer.

Izmir, pas tout à fait Red Deer, malgré la rime...

Izmir, ville que peu d’entre nous connaissons, et qui pourtant dépasse en population la plus grande des villes canadiennes.

Avec ses promenades le long du bras de mer, ses mouettes et ses pélicans, ses traversiers qui sillonnent la baie, ses petites rues où il fait bon se perdre. Au détour de nos promenades, on découvre le quartier des… robes de mariée. Des rues et des rues de boutiques qui offrent les modèles les plus flyés, colorés, bigarrés, d’une esthétique craquante. Même nous, qui ne sommes nullement orientés « mariage », sommes séduits. Couleurs baroques, chiffon, crêpe de soie, taffetas, dentelles contrastées et bustier ornés d’éclats colorés nous séduisent. Il y a la robe d’inspiration gothique, la robe médiévale, la robe de classe, la robe trash, la robe orientale, la robe traditionnelle sobre, la robe Princess-Diana... Des variations culturellement diversifiées, qui réussissent à transcender le genre et devenir du grand art sartorial. 

Le festival de la robe de mariée.


Dans plusieurs  rues secondaires du centre ville, des marchands de cossins offrent par terre, dans la rue, avec à peine une voie libre pour autos et motos, une véritable quincaillerie d’outils, de petits appareils ménagers, vis, clous, pièce d’équipement et, comme partout en Turquie, des milliers de téléphones cellulaires.

Ravis de nos ballades, on rentre tôt à l’hôtel pour être frais et dispos le lendemain. Au programme : visite d’Éphèse, mégapole antique dont les ruines sont, dit-on, impressionnantes.

Èphèse, qui aura motivé notre déplacement à Izmir, ne sera finalement pas ce que nous retiendrons de l’aventure. Oui, c'est un lieu archéologiquement, historiquement important, et les vestiges de la bibliothèque sont imposants. Mais la restauration n’est pas aussi avancée que celle de Jerash, en Jordanie. Et les travaux qui sont en cours restreignent beaucoup la découverte que nous pourrions faire de l'endroit. 

Bibliothèque d'Éphèse


Première rencontre d’intérêt : notre guide, le sympathique Evran. La jeune trentaine, polyglotte, s’occupe de tours organisés en Turquie ou de voyages turcs en Italie. C’est la basse saison, et nous ne sommes que  4 dans le minibus: un couple cubano-français qui habite à Washington, et nous. Notre guide veut savoir ce que nous faisons dans la vie . L'homme du couple cubano-français - appelons-le Éric -possède une compagnie de logiciels pour l’industrie énergétique. Sa femme, appellons-la Josephina, se décrit ainsi: "I spend all his money". Ils rient. Ils s'aiment, ça paraît, ça nous plaît. Ils ont notre âge ou un peu plus.

Evran nous explique que la Turquie a une grosse dépendance énergétique vis-à-vis quelques pays en particulier. Peu de ressources sur le territoire, pas de pétrole, malgré de l'exploration au large de la mer Noire, jusqu'ici infructueuse. Il y a des plans pour construire 3 centrales nucléaires; la plus avancée, construite par la Chine, et deux autres, que se disputent la Russie, le Japon et les USA. Le gouvernement appuie cependant le développement des énergies durables, par le  biais de dégrèvements d'impôts et autres incitatifs financiers. Mais là encore, les entreprises étrangères sont les premières à en profiter, puisqu'elles disposent du capital qui manque aux compagnies locales. 

Le très-connaissant Evran, en train de nous parler de la maison de Marie.

Evran explique, pour nous gens des médias, que la Turquie n'a pas vraiment de liberté de la presse.  En théorie, oui, mais en pratique... Les médias publics sont entièrement contrôlés, même éditorialement, par l'état. Les médias privés, eux, font partie de conglomérats - résultat de la concentration de la presse - qui dépendent du gouvernement pour leurs contrats et leurs licenses. Soooo..... gentil-gentil avec gouvernement sinon va-te-coucher-dans-ta-chambre-pas-de-dessert.
Ça nous rappelle quelque chose, ce désir du gouvernement de contrôler les médias...hmmm…
Tout journaliste qui critique le gouvernement se voit soudainement aux prises avec les autorités pour des raisons officiellement toutes autres : problèmes d’impôts, d’actes criminels, etc..et c’est la prison. Evran nous parle aussi de religion, d'économie, d'histoire, de notre chauffeur, de tout et de rien. Il est sympathique et nous en apprenons énormément sur la Turquie.


LA MAISON DE MARIE
Premier arrêt : la maison de Marie. Oui oui, la maman du petit Jésus. Les catholiques se souviendront (du moins tout ceux qui ne vivent pas dans le péché) qu’alors qu’il était sur la croix, Jésus a dit à Jean son préféré : Jean, voici ta mère. Et à sa mère : Mère, voici ton fils. Eh bien, après la crucifixion, Jean est parti vivre à Éphèse, et on a supposé qu’il avait amené Marie dans ses bagages. 

La maison de Marie, reconstruite telle que les spécialistes en théologie pensent qu'elle aurait dû être...

À la fin du 19e siècle, une religieuse Allemande qui n’était jamais sortie de son pays a eu une série de visions, qui décrivaient en grands détails la maison de Marie. Des expéditions furent organisées et on finit par trouver l’endroit, un magnifique site au sommet d’une montagne surplombant la ville. On l’a accepté comme authentique, les papes l’ont sanctifié, deux d’entre eux l’ont visité et les pèlerinages ont commencé. On le visite le jour le plus froid de mémoire de Turc, et la neige qui couvre certains arbres fond à grosses gouttes quand le soleil se montre le bout du nez. Il y a trois petites fontaines encastrées dans le mur de pierre, et il ne faut boire que de l’une d’elle : une pour obtenir l’amour, une autre pour la santé, et la troisième pour l’argent. Alors on boit celle de…

Sur le site de la maison de Marie, un chat attend patiemment que la neige fonde.



De retour à Izmir après la visite d’Éphèse, on se balade sur l'eau à bord de traversiers. On observe les pélicans gober les poissons que les pêcheurs daignent leur donner (sous le regard jaloux des chats) et on se prélasse sous un doux et caressant soleil de mars. 

Un pélican attrape un morceau de poisson au vol...

...Alors qu'un chat jaloux se fâche.

On est mort de rire quand on découvre, dans un buisson, une partouze de chats : un mâle est monté sur une femelle, la tient d’une patte tout en lui mordant l’oreille, alors que le troisième larron essaie de monter le deuxième…le cliquetis de nos caméras qui croquent le portrait à répétition ne dérange pas le moins du monde la perverse petite troupe. Trop de fun, faut croire.

Two's a couple, three's a partouze..


Le soleil descend doucement sur Izmir, alors que l’avion grimpe dans les nuages. Rêveurs, on sombre dans un sommeil peuplé de ruines, de robes de mariée et de chats lubriques…

Ébats des chats lubriques.